Ce Blog de l'Amicale Parachutiste de Lorraine est dédié à tous ceux qui un jour, ont franchi la portière, et ont gardé présent dans leur coeur les valeurs parachutistes.
Cette page a pour but de rendre hommage à notre compagnon Henri KNOPPIK et à travers lui à tous les Combattants d'Indochine.
Notre ami après avoir été bréveté prémilitaire en mai 1951, s'est engagé à 19 ans pour l'Extrême-Orient, à la 1ère 1/2 Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes le 26 septembre
1951.
En ce temps là on sautait de Ju 52 avec sur la tête des casques de tankiste
Avec les copains de la prémilitaire après le saut.
19 ans Brevet Parachutiste 63201
Début octobre il est affecté au 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux alors en cours de formation à Saint Brieuc aux ordres du Capitaine Marcel Bigeard.

Dans les rangs de la 11ème compagnie du 2ème Commando, il effectue son stage para à Vannes Meucon puis est embarqué pour Saïgon à bord du transport de troupes
Skaugum le 5 juillet 1952.

Le 29 juillet 1952 le 6 BPC sous le commandement du Chef de bataillon Bigeard arrive à Hanoï et s'installe au séminaire sa base
arrière.
Le bataillon réussit de brillantes opérations du 7 août au 8 octobre 1952 dans le delta tonkinois ( Huong Kanh, Phuc Yen et Vinh Yen.)
Après l'avoir mis en alerte aéroportée le 15 octobre à 22 h le général de Linares décide d'envoyer le 6 BPC sur le poste de Tulé afin de le
renforcer et de soutenir la garnison de Nghia Lo.

Tulé est un petit poste dominant une cuvette de 2 km de long traversée par un torrent, qui contrôle le carrefour des pistes de Nghia Lo, Son La, Than Uyen et Ta Bu.
Le poste est tenu par une section du 1er Bataillon Thaï soit 70 hommes.
Le 16 octobre le 6BPC saute en premier comme prévu à 12H30.
Le 18, le général Salan considérant la chute imminente du poste de Nghia Lo, décide d'annuler l'opération
Le Commandant Bigeard et ses 667 parachutistes et les 70 Thaï du lieutenant Lavrat sont seuls désormais face à trois divisions viets soit environ 12 000 hommes.
Le commandant Bigeard se fait aussitôt
parachuter des munitions
Les blessés du saut sur Tulé sont evacués sur Hanoï.( De
dos en pull l'infirmier Yvon Dubouil)
Le 18 octobre à 21 h le général Salan ordonne l'évacuation du poste mais Bigeard prend la décision de demeurer à Tulé tant que les hommes des différents postes repliés ne seront pas là
et remanie son dispositif le 19.
Un commando du lieutenant De Wilde va occuper le col de Kao Pha sur la piste qui mène à la rivière noire. Toutes les compagnies étaient réparties sur les hauteurs entourant le poste
afin de se couvrir mutuellement depuis le 16..
Bigeard ne garde sur le poste de Tulé que sa section de commandement, les mortiers et les Thaï.
Préparation au combat sur les hauteurs entourant le poste

Au poste de Tulé on est prêt également et
c'est l'attente.
Les premiers combats commencent le 19 à 16h 30 le lieutenant Magnillat se trouvant sur la piste de Gia Hoi 6 km à l'est de tulé prend les viets par surprise car ils étaient
persuadés que tous le français se trouvaient dans le poste.Dans leurs rangs s'est la panique.Tous reculent en désordre, laissant de nombreux morts sur le terrain.
A 23 h les hommes de Gia Hoi rejoignent le poste, l'ennemi tapi dans les hautes herbes, jugeant plus facile de les laisser passer afin de les exterminer ensuite tous ensembles.
Les viets ayant compris la tactique de Bigeard et malgré le risque éléve de perte pour eux attaquent simultanément le poste et les hauteurs à 2h du matin le 20 octobre.Trois fois ils donnent
l'assaut, trois fois ils sont repoussés et ils se retirent au petit matin en laissant 96 morts sur le terrain.
Le bataillon comptant lui la perte des sergents François Guérin et Roger Letourneux ainsi que quelques blessés.
Les mortiers du sergent
Marcel Zobel en action
Louis Muriel au centre est porté blessé jusqu'à l'infirmerie
Entre deux attaques la fatigue est
visible sur les visages des hommes de l'aspirant Canton (au centre dans la tranchée).
Le commandant Bigeard souhaite évacuer les blessés par avion avant de commencer le repli mais le temps est bouché et les moranes ne peuvent percer la couche de nuage.
A 13h il ordonne l'ordre de repli, il y a dix blessés qu'il va falloir brancarder .
Le bataillon commence la longue course de 70 km qui va le rendre célébre.
Départ
du bataillon Marcel Carion tête nue et Henri Legrand
Henri et ses compagnons de la 11e compagnie après avoir participé à la bataille sur les hauteurs se dirigent alors vers Kao
Pha poursuivis par les viets.Ceux-ci ont débordé les dernières positions françaises et tirent sur les 11e et la 6e CIP qui forment l'arrière garde du bataillon.Sans cesse
harcelés par les armes automatiques ils parviennent à forcer le passage mais les pertes sont importantes et notre ami Henri est blessé à ce moment là.
Tous les blessés sont laissés sur place à la garde de l'aumônier le Père Jeandel.
Le Commandant Bigeard et ses parachutistes atteignent le col de Khao Pha puis le poste de Muong Chen.
Arrivée de la
colonne à Muong Chen.
Récupération avant de repartir.
Sur le cheval
Pierre-Jacques Quillacq qui a reçu sept balles dans le corps et à droite Louis Muriel.
Harcelé sans cesse par les viets et livrant combat sur combat durant trois jours, et bien que considéré comme perdu par l'état major et aussitôt rayé des effectifs, le bataillon que l'on
croyait disparu à jamais parvient à la rivière noire le 23 octobre qu'il franchit aussitôt pour rejoindre les troupes françaises.
Le 6ème B.P.C. et Bigeard entrent dans la légende.
Pour Henri et ses compagnons le calvaire commence
Dès leur arrivée les viets obligent tous les blessés à qui ils reste quelques forces à les suivre en prétendant que les infirmiers arrivent et prendront en charge les cas extrêmes
intransportables laissés sur place.
Hélas il n'en sera rien car les lieutenant Roux et Crouzet fait prisonniers quelques jours plus tard, vont constater en repassant à cet endroit que personne n'est venu et que les moribonds
ont été dévorés par les bêtes et certains sont encore agonisants.................
Après une longue marche sous les coups et les injures les prisonniers sont obligés de construire les camps de rééducation 114, 113,et 122 sur la route de
Hagiang, situés à la frontière de la Chine.
Ces camps vietminh furent en réalité de véritables camps d'extermination car plus de 71% des prisonniers ne revinrent jamais.
Sur la soixantaine d'hommes du groupe d'Henri seuls douze sont rentrés vivants.
D'abord on leurs a enlevé les chaussures afin d' empêcher toute évasion.
Henri et ses amis étaient de corvée de riz,il fallait porter 40kg sur le
dos.
Ne possédant rien pour le transporter, ils se servaient de leurs pantalons dont ils fermaient les jambes avec du bambou et le remplissait de riz.
Une boule de riz et un peu d'eau fétide par jour étaient leur seule nourriture.
Le commissaire politique du camps 113 était Georges Boudarel un enseignant français communiste qui avait rejoint le vietminh et était chargé de la rééducation politique des prisonniers
sur lesquels il avait un droit de vie et de mort.Sur les 320 prisonniers du camps sous sa férule 278 ont péri.
Tous les moyens lui étaient bons,privation de nourriture, privation des médicaments et nourriture parachutés par la croix rouge, corvées exténuantes pour les hommes à bout de souffle et
avilissement psychologique.
Par exemple Henri nous à indiqué que à quelques mois des accords de paix la croix rouge a obtenu du vietminh la libération des prisonniers les plus graves.Chargé de les désigner l'être infâme
qu'était Boudalel a, au contraire libéré ceux qui étaient encore à peu près valides sachant la paix et leurs libérations proches alors que les plus atteints avaient de forte probabilité
de mourrir entre temps.Ce fut exactement ce qu'il advint et dans la semaine qui suivit Henri enterra de ses propres mains une douzaine de ses compagnons qui désespérés s'étaient laissé
mourrir.
Des êtres tels que Boudarel, ce triste individu déshonorent l'espèce humaine!
Henri pour sa part à eu la dysenterie,des crises de paludismes,des ascaris et ne sait toujours pas comment il a fait pour survivre à tout celà.

Prisonnier libéré à Viètri en 1954
Notre ami à été libéré le 31 août 1954 à Viètri après deux années passées en enfer dans les camps de rééducation vietminh.
Rentré en Françe il n'a depuis, pas cessé de lutter pour qu'on n' oublie pas tous ses compagnons d'Indochine qui ne sont jamais revenus
.

Chevalier de la Légion d'Honneur,titulaire de la Médaille Militaire, il est en outre porte-drapeau des anciens du camps 113 et des médaillés militaires.
Cher Henri, tous les compagnons sont honorés et fiers de ta présence parmi nous.
Nota: si cette page est illustrée de nombreuses photographies de l'opération de Tulé c'est que ce jour là le bataillon était accompagné par le sergent Corcuff photographe du SIRPA.Ces documents
et de nombreux autres nous ont été fournis par Henri, qu'il en soit remercié.